Quand on m’a demandé d’écrire un article sur Zidane, je me suis demandé par quoi commencer.

En effet, Zidane pour le football français, c’est un monument. Une sorte d’être suprême dont l’aura, flotte très haut. En ce début de coupe du Monde, où toutes les équipes (ou presque) espèrent remporter le tournoi inventé par Jules Rimet en 1950, on se dit que Zizou est et demeure un incontournable. Mais que dire, qui n’a déjà été dit sur lui ? Né le 23 juin 1972 à Marseille, il a grandi dans les quartiers Nord où il a affiné sa technique. Il aurait tout aussi bien pu grandir dans une des favelas qui surplombent Rio de Janeiro, que l’on n’aurait pas été étonné, tant il était doué techniquement. Il faut dire que l’histoire de Zinedine Zidane avec la coupe du Monde de la FIFA, c’est comme une histoire d’amour. Tous les ingrédients y sont réunis et les sentiments y sont éparses. Cela va de la passion, à la déception, en passant par la joie, la tristesse, les pleurs, l’espoir, la déconvenue, l’émerveillement et la désillusion. J’aurais pu commencer ainsi, « Nous sommes le 12 Juillet 1998, l’équipe de France est en finale de sa coupe du Monde et tout un peuple attend que Zidane lui offre ce titre tant convoité. » Oui, mais l’enfant des quartiers nord qui a débuté sa carrière professionnelle à 16 ans à l’AS Cannes, n’était pas vraiment ce que l’on peut appeler un « game winner ». Il avait même plutôt tendance à les perdre ses finales. 1996, finale de la coupe UEFA face au Bayern de Munich, défaite. 1997 finale de la ligue des champions avec la Juventus et Deschamps et … nouvelle défaite face au Borussia Dortmund. (Décidément les allemands ne lui réussissent guère.) Alors en ce beau matin du 12 juillet, le numéro dix français porte les espoirs de tout un pays. Car, il lui doit une revanche, suite à son expulsion face à l’Arabie Saoudite. Ce jour–là, le marseillais de naissance va délivrer son équipe et tout le pays. Quand on a rendez-vous avec son destin, il est toujours de bon gout d’y mettre la manière. Surtout quand l’adversaire est prestigieux et se nomme le Brésil. Corner de Petit, tête de Zizou, but. Quelques minutes à peine plus tard, corner de Djorkaeff et nouvelle tête de Zizou pour un doublé qui envoie la France au firmament, le troisième but est pour l’anecdote.

READ  Tinker Hatfield : Viens découvrir l’origine de tes Air Max

« Zidane président » s’affiche sur l’Arc de triomphe qui ce soir-là portait fièrement son nom.

Voilà comment on entre dans la légende et comment on conquiert un peuple, une nation. Cette saison-là Zidane finira ballon d’or, le seul qu’il gagnera, car l’enfant des quartiers nord a aussi ses démons, qu’il tente de maitriser. Même si en 2002, c’est la poisse qui le poursuivra. Blessé en début de mondial, c’est des tribunes qu’il assistera à la défaite des bleus face au Sénégal. C’est sur une jambe qu’il tentera de qualifier son équipe face à l’Uruguay, mais en vain. Rentré plus tôt que prévu à la maison, Zizou verra le Brésil, son meilleur ennemi brandir la coupe. La coupe du Monde pleure, car elle craint de ne plus revoir son plus beau courtisan. Son histoire avec le maillot bleu et la Coupe du Monde semble se terminer après le championnat d’Europe 2004, où la France perdra son titre et ses illusions. Pourtant le nouveau sélectionneur, R. Domenech va réussir un tour de force ; convaincre le joueur du Real Madrid de revenir pour une dernière danse. Entre-temps, Zidane, gagne la ligue des Champions en 2002, face à un club allemand (décidemment) le Bayer Leverkusen. Lors de ce match il signera l’un des plus beaux buts d’une finale de LDC. Sa volée du gauche (pour un droitier) est une pure merveille. Ce but ne faisant que confirmer le talent du joueur à l’aise avec ce ballon qu’il ne cesse de caresser de ses pieds. Un magicien sur le carré vert qui incitera Douglas Gordon et Philippe Parreno à réaliser un film où il tient le rôle principal : « Zidane, un portrait du XXIe siècle ». Ce film documentaire tourné durant le match Real Madrid-Villareal du 23 avril 2005, décortiquera toute la gestuelle du n°5 madrilène. Ce film n’est que la genèses d’une saison 2005-2006 qui se terminera d’une façon totalement incongrue. Zidane de retour dans sa compétition fétiche va nous servir tout au long du tournoi, un véritable récital.

READ  LA CULTURE SNEAKERS PASSE DE LA RUE AU PETIT ÉCRAN #4

Cette Coupe du Monde sera sienne.

Tout va s’accélérer en quart de finale contre cette Espagne qui le chéri, mais qui voulait l’envoyer à la retraite. S’ensuit le Brésil, son chef d’œuvre, son plus beau match en bleu, qui fera dire à certains que le meilleur joueur brésilien de cette rencontre portait le numéro 10 de l’équipe de France. Tel un danseur étoile, il va tout au long des 90 minutes offrir une prestation quasi parfaite, mais là pas d’entrechat, ni de jeté, juste de la magie encore et toujours. Il va subjuguer l’assistance et faire encore accroitre son aura. Cet enchantement ne va hélas pas durer, la belle histoire d’amour qui renaissait va s’achever encore une fois sur un coup de tête en finale. Mais celui-ci contrairement à 1998, n’est pas donné dans le ballon, mais dans la poitrine d’un adversaire. Les histoires d’amour finissent mal dit la chanson. Las des propos de Materrazzi, le capitaine tricolore, icône de la France va craquer. Il perdra du même coup un ballon d’or qu’il aurait mille fois mérité, mais également une nouvelle nuit de folie avec le trophée dessiné par Silvio Gazzaniga. Cet incident sera largement médiatisé et commenté. Le « pas ça Zizou, pas ça », de Thierry Gilardi restant gravé dans les mémoires. L’artiste Adel Abdessemed en fera même une sculpture appelée simplement « Coup de tête ». Preuve de l’influence et de l’écho qu’a pu avoir Zidane sur le football français et mondial. Nommé en 2004 meilleur footballeur européen de l’histoire, le français, qui a depuis embrassé la carrière d’entraineur, est déjà devenu une référence dans ce nouveau rôle. Vainqueur des 3 dernières « ligue des champions » (titre le plus important dans le football de club) prouve que même sur le banc il a de l’influence. Alors on ne peut que saliver avant, qui sait, de le voir à la tête d’une sélection, afin qu’il reprenne sa romance avec cette coupe du Monde qui lui a fait tourner la tête. Zidane, n’est pas qu’un simple joueur, qu’un simple artiste de la balle, ni juste une des personnalités préférées des français, c’est également l’égérie d’Adidas, un fin homme d’affaire, et un immense champion. Il est considéré comme le plus grand joueur français de l’histoire et dire que tout ça a débuté sur un coup de tête.

Zinedine Zidane avec la Smart Ball au Adidas Lab de Londres.