J’ai rendez-vous ce matin au café, avec mon ami … je l’appellerais Jean. Non pas, par coquetterie, mais parce que mon ami est du genre à aimer son anonymat et préserver son image. De plus j’ai perdu tous mes procès et je n’ai pas envie d’en perdre un autre. Jean est ce qu’on appelle en Afrique un « Sapeur ». Je parle là, des ambassadeurs de la « sapologie » et non pas nos chers soldats du feu.  Oh ce n’est pas un sapeur qui engage toutes ses économies dans sa passion. Non, lui c’est un sapeur « raisonnable ». Enfin …. Presque. Malgré tout, il est du genre à prendre soin de ses habits et à ne pas mettre n’importe quoi à ses pieds. Son truc à lui, c’est la « sape » de qualité. Pas celle de la friperie, hein ? Bref, en matière de fringue c’est un expert et plus encore en matière de chaussures. Il faut que le cuir respecte le pied. La sape c’est un état d’esprit, c’est aussi un art de vivre. Du coup, à ses pieds trônent très souvent des Weston. Quand je lui pose la question de l’origine du pourquoi de ce choix, il m’a répondu le plus naturellement du monde : « parce que ce sont les meilleurs. Les grands frères en portaient tous et ils m’ont appris à apprécier le meilleur. » Alors imaginez ma tête quand il m’a annoncé qu’il souhaitait s’acheter une paire de sneaker. Un adepte de la sape en goguette, quelle idée ? Et pourtant, il avait l’air sérieux derrière ses lunettes noires « Façonnable ». Ce n’est pas que je ne le pensais pas capable de faire comme tout le monde, quoique.

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Mais voir mon ami si élégant, si peu sportif et plus proche du costume trois pièces que du survêt’ basket s’encanaillé en Nike ou Adidas. On n’a jamais vu un dandy anglais en superstar, comme un de ces rappeurs adorés de son fils. Passer du « dombolo » au « Gangsta rap », non trop d’émotion pour moi. Certes de nombreuses maisons de luxe se sont mises à surfer la vague sneaker. Preuve que la culture de la rue peut grimper jusqu’aux maisons de hautes coutures. C’est devenu tellement tendance de se balader en jean basket que même la duchesse de Cambridge Kate « herself » fait le buzz sur la toile avec ses Superga. Alors ce n’est ni la première personne connue, ni la dernière à chausser des sneakers. Je pourrais vous faire une liste longue comme le bras, mais est-ce bien nécessaire, n’étant pas plus que ça attirer par les peoples. Non, mon Jean il m’a littéralement scotché. Parce que faut pas déconner non plus un fils d’ambassadeur, ça met du veau, du croco, du serpent et du kangourou. Ou encore du cuir pleine fleur, fleur sciée, ciré mais surtout pas du suède, du nubuck ou de la croûte de cuir. Etait-il prêt à s’asseoir sur des années de tradition juste pour une vulgaire basket.

 

Il me fallait raison gardée et ramener la sienne à mon ami, à moins que son infidélité à la maison limougeaude était une ruse. Connaissant mon penchant pour ces choses-là, il souhaitait peut-être me tester. Me voilà donc échafaudant un stratagème pour comprendre d’où lui venait cette lubie à mon sapeur fou. Je lui propose donc de me suivre dans les boutiques parisiennes. Une paire de Stan Smith lui siérait si bien. Me voilà investit d’une mission, lui expliquer ce qu’être sneaker addict, signifie. Si la « sapologie » c’est l’art de mélanger les habits, c’est également un art et une manière de vivre sa passion. Le sneaker addict est également plongé dans sa passion. Il possède une façon bien à lui de vivre ce monde. La culture « sneaker » a quitté les bas-fonds de Brooklyn pour les beaux quartiers de Paris, Londres, Tokyo mais elle n’a pas encore perdu son âme. Nous devons donc être les garants de cette pop culture et ne pas se laisser déposséder. Toutes les propositions que je lui ai faites, n’ont pas trouvé grâce aux yeux de Jean, ce jour-là. Quelques semaines plus tard, je le retrouve collé à la vitrine d’un magasin des Champs Elysées, il était là à admirer la dernière-née de chez JM Weston, une paire de …. Sneaker.

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SI même eux si mettent … on n’a pas fini d’en parler.