Atlanta 1987, Etats Unis. On dirait presque le titre d’un film de John Carpenter. Je me réveille doucement dans cette grande maison de la banlieue de la capitale de l’état de Géorgie. Ma famille d’accueil m’a laissée un mot. Me voilà livrer à moi-même pour la matinée. Je dois me débrouiller pour le petit déjeuner à la sauce américaine. Abandonné dans cette magnifique maison blanche, avec son toit en ardoise. Elle est constituée de trois niveaux, avec son petit jardin devant et sa petit barrière en bois. On se croirait presque dans une série télé. Sauf qu’ici pas de piscine. Juste un grand jardin pour jouer au base ball et un terrain de basket dont le panier est accroché au-dessus du garage. « Pick up game » ? Me questionnait sans cesse l’ado de la maison. Il avait un an de plus que moi et me mis minable au basket, au base ball, au tennis et même aux fléchettes. Fort heureusement, j’ai pu me venger au soccer (sport de filles chez les ricains) et au ping pong (no comment); sinon ça aurait été la honte et les vacances les plus longues de ma vie. Bref, aujourd’hui je suis seul et après avoir englouti plus que mangé deux toasts trop grillés et des œufs un peu fâchés. Bah oui, ils se sont brouillés dans la poêle, alors qu’ils étaient tout plats au début. Je peux pour la première fois depuis mon arrivée, fouiner un peu partout dans la baraque.

C’est de cet endroit précis que vient toute la genèse du problème. Plus précisément du placard situé dans la chambre de mon jeune hôte. En l’ouvrant, ce jour-là, je fus choqué par la montagne de baskets qui surgit face à moi. Il y en avait partout. Du Ellesse, du Kappa, du Reebock, de l’Adidas, du Nike bien sûr, New Balance, Fila, Converse et même du Vans et du Pony. Des baskets en pagaille, de toutes les couleurs et de toutes sortes. Moi, qui à l’époque alignait péniblement 2 paires, je ne savais que pensez de cette orgie. J’ai vite compris qu’aux USA c’était la norme. Je pense que, ça a été une sorte de déclic. Une véritable révélation. Ça, plus mon amour immodéré pour le Basket Ball, Jordan et tutti quanti. Comme je dis souvent à ma femme (ah oui je souffre également du syndrome « Columbo ») ; « quand on aime, on ne compte pas ». Bizarrement, ça ne l’a jamais vraiment convaincu. En tout cas, aujourd’hui je peux assouvir ma passion librement … ou presque. Et balayer les frustrations accumulées dans le 90’s à la sortie de chaque modèle, que je ne pouvais qu’admirer dans les magazines, faute de pouvoir me les payer.

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Confucius a dit dans son Livre des sentences (VIe s. av. J.-C.) :  » Un homme heureux est un homme qui se contente de peu.  » Je devais être un homme extrêmement heureux à cette époque; vu le peu de paires dont je disposais. En même temps, doit-on vraiment assouvir ses envies ? Se sentirait-on pour autant plus vivant si nous parvenions à nos fins. Serais-je plus riche qu’aujourd’hui si mon argent m’avait accordé la possibilité de posséder tous modèles que mon esprit me soumettait ? Je n’en sais rien. Malgré tout, je pense que ma vie n’en est que plus riche de devoir lutter pour acquérir ces choses-là. La frustration née de ne pas assouvir toutes mes concupiscences n’en donne que plus de valeurs aux choses et plus d’intérêt à cette vie ordinaire. A quoi bon un destin extraordinaire, si c’est pour rester en perpétuel recherche d’un bonheur à jamais inconnu. Soyez rassuré, je ne vois pas mes acquisitions de baskets comme une recherche d’un quelconque assouvissement. Non, ce ne sont après tout que des chaussures. Enfin, presque… mais pas tout à fait que cela. Elles ont toutes pour moi une signification particulière et souvent une anecdote y est accolée, voir un souvenir.