Le basket est pour moi un sport à part, capable d’apporter des sentiments très forts. Alors, oui certains me diront que tous les sports ont cette capacité d’apporter ou porter en eux des émotions intenses. Chacun voit midi à sa porte. Pour moi, c’est le basketball. Point. Voir cette balle orange quitter ma main et traverser le filet dans ce bruit si caractéristique. Swich ! Suer sang et eau sur le terrain, tout ça pour mettre le ballon à 3m05. Quel pied franchement. Pareil que de voir des athlètes de 2 mètres se démener comme des dingues, et finir par se départager sur la dernière possession « at the buzzer ». Non, franchement il n’y a rien au-dessus ; à part peut-être… mais on s’éloigne du sujet. Me Myself and I. Quand le phénomène Jordan m’a touché, je n’étais qu’un jeune bleubite, qui trainait ses guêtres sur les « playground » ensoleillés de la Martinique. Je le voyais à travers les images pas très nettes d’ESPN. Quel souvenir ces finales de conférence contre les Bad Boys de Detroit, qui arrivaient via les paraboles de mes voisins. Je me demandais ce qu’avait bien pu faire, ce numéro 23 affublé d’un taureau furieux, à ses adversaires pour qu’ils mettent autant d’application à le frapper et l’envoyer systématiquement au sol. A chaque fois, il se relevait pour repartir à l’assaut de la raquette des Pistons.

 Je découvrais Jordan sans mesurer encore ce qu’il allait devenir. Il était juste un « lucky looser », un beau perdant. Du genre qu’on a envie d’aider dans sa quête. Et puis ses drôles de chaussures commençaient vraiment à me titiller. D’ailleurs, d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours apprécié les modèles de la marque. De la 1 à la 13 je suis fan absolu, mis à part un ou deux modèles. Pourtant, j’ai eu du mal à m’en acheter. Il faut dire que 950 francs pour un lycéen, ce n’était pas donné à l’époque ; et mes parents ne comprenaient pas vraiment ma lubie. Je ne pouvais donc pas compter sur leur soutien. Bref, c’était la loose et je n’avais d’autre choix que de lorgner sur les Jordan 5 noir et argent de mon meilleur pote au lycée. Depuis la rentrée de septembre 1990, je bavais dessus. Comme on bavait sur les jolies femmes qui croisaient notre route. En même temps, cocotiers, soleil, plages, nanas. Euh… on s’éloigne encore ! Dès qu’il posait les pieds en descendant du bus de la GET, je n’avais qu’une envie : lui sauter dessus, l’attacher et le déposséder de son bien. Par-dessus tout, il ne jouait même pas au basket. Je me demande même s’il connaissait MJ. Heureusement, j’ai su raison garder. D’ailleurs le destin allait me jouer un tour. Je ne le savais pas encore mais 10 mois plus tard j’allais enfin pouvoir m’acheter ma première paire de Jordan. Le 6 Infrared. La légende. Moi aussi j’allais porter du Jordan, quel pied !

READ  Hebdo Rudymentaire #41 - "Heureusement le basket a croisé ma route"