C’est fou comme de petits détails peuvent marquer à jamais la vie d’autrui. Moi ce fut par le biais d’une rencontre avec la huarache.

En grandissant en Martinique,  j’ai appris mille et une chose sur la nature et les animaux. Toujours à crapahuter dans les environs tout seul ou accompagné de mes cousins, je me suis souvent régalé à dévaler les pentes et à cueillir tous les fruits qui croisaient ma route. Comme on dit chez nous      « Matinik bel payi *». J’ai pu grandir à l’ombre du flamboyant. J’ai appris de mes ainés. J’ai foulé de mes pieds nus la terre de mes grands-pères, j’ai souffert de la brûlure du goudron fondu au soleil des tropiques. J’ai plongé dans les eaux glacées des rivières, les mers aux eaux translucides et chaudes. J’ai entendu les coqs s’invectiver et se défier, de basse-cours à basse-cours. Mais, au-delà de la douceur de vivre des Caraïbes, c’est surtout mon rapport aux cultures afro-caribéennes et américaines, omniprésentes dans la région qui a façonné et accompagné mon adolescence. Ce sont ces mêmes influences et résurgences qui, aujourd’hui guident mes choix. Je retrouve ces racines dans mes préférences. Que ce soit dans mes écrits ou dans mes choix de baskets. Je me souviens de mes premiers pas sur un parquet de basket. Moi, qui me voyais sur le rectangle vert, comme mon modèle Johann 1er, j’ai plutôt marché sur les traces de mes potes. Ils ont été de parfaits VRP, me faisant comprendre que le basket était un sport fait pour moi. En même temps, quand vous grandissez en regardant les exploits de Magic, Bird, Clyde, His airness et du Human Highlight film, on ne peut que se prendre de passion pour ce jeu à la balle orange. C’est aussi à cette période que j’ai commencé à apprécier vraiment mes sneakers. La première qui ait compté, fut une Converse Cons ERX 260 blanche et grise. Juste une pure merveille. J’avais l’impression qu’elle pesait une tonne, mais je n’ai que de bons souvenirs avec elles.

READ  "Pour moi une paire de « Jordan 1 banned » sera toujours un achat prioritaire" Hebdo Rudymentaire 31

Ensuite ce fut le choc ! Ma rencontre avec Air Jordan et sa numéro 5 Black / black metallic silver a bouleversé ma vie de lycéen. Au point que je du patienter 25 ans pour enfin acquérir une réédition du modèle qui me hanta durant toutes ces années. Mais, ce n’était rien à côté du traumatisme que je subis en 1992. Mon meilleur ami me traina dans une salle pour voir jouer notre équipe 1ere un samedi après midi. Pourtant, la plage m’incitait à venir lui rendre visite. Mais, bon camarade, je pris le parti de l’accompagner. Bien m’en a pris car je fis, ce jour la, connaissance avec un de nos adversaires, jusque là inconnu, mais qui devint rapidement un très bon ami. Cet après-midi là donc, l’équipe 1ere dominait cette rencontre, malgré la farouche opposition qu’apportait ce jeune ailier délié, chaussé d’une paire que je ne connaissais pas encore et qui m’intrigua d’emblée. C’était des Air Flight Huarache ! Lors de cette rencontre, il fut l’auteur d’une action qui me marqua à jamais. Un dunk stratosphérique sur la tête de toute notre défense. Ce gamin d’à peine 19 ans venait de traverser toute notre raquette et avait claqué un dunk surpuissant sur le crâne de nos intérieurs, qui n’étaient pourtant pas manchots. Je vous laisse imaginer l’état de la salle (il faut dire qu’aux Antilles, à cette époque, un dunk ou un contre féroce donnait du piment aux rencontres et même si la défaite était au bout, le simple fait d’avoir claqué quelques smashs vous donnaient beaucoup de crédits aux yeux des spectateurs. Nous étions très loin de la période Steph Curry).

READ  L'Hebdo Rudymentaire, confessions d’un Sneakers Addict #9

Moi, durant toute l’action (que je revois dans ma tête au ralenti) je ne vis que cette paire de Huarache blanche, bleu et violette. On aurait dit des chaussons de danse, pendant qu’il récitait sa chorégraphie. J’eu la chance et le privilège de faire connaissance avec le propriétaire de ces baskets. Un garçon adorable et attachant, avec qui on partagea, pas mal de pick up game et de partie sur le play ground de notre fac. Du haut de son mètre quatre vingt douze, il était capable de vous claquer des dunksde folie. Son spécial ? Dos au cercle au niveau de la ligne des lancers-francs, il faisait rebondir le ballon entre ses jambes, puis se retournait aussi sec, attrapait le ballon qui vient de taper la planche et le propulsait violemment dans le cercle. Le nombre de concours qu’il gagna ainsi. Jusqu’à ce qu’un lampadaire brisa sa moelle et l’obligea à finir dans un fauteuil. La faute à la vitesse, l’alcool. La faute à pas de chance. Quelques années plus tard, je tombai nez à nez avec une paire de Air flight, je n’ai pas hésité. Je remercie Tinker Hatfield et Tom Archie sans qui cette paire n’existerait pas. A chaque fois que je les porte, je me repasse encore ce moment magique, où la légèreté des Huaraches a permis ce moment de grâce.

*La Martinique quel beau pays.