Il paraît que la vérité sort de la bouche des enfants, mais toute vérité n’est pas toujours bonne à dire. Mais, elle permet de se rapprocher de l’essentiel et de partager sa passion avec son fils.

En ce dimanche matin ensoleillé, je me suis mis en tête de nettoyer mes sneakers. Une fois sèches et alignées en rang d’oignons, je ne m’attendais pas à recevoir cette attaque. Un vrai crime de lèse-majesté. Imaginez la scène, alors que je chouchoutais mes petits trésors avec fierté, mon ainé me pose une question existentielle, fort à propos. « Mais à quoi ça te sert d’avoir autant de baskets ? » Argh ! Me voilà touché par mon propre sang, la chair de ma chair. Titubant comme un boxeur touché au foie. Je me retrouve plié en deux attendant la suite. « C’est vrai, ça fait beaucoup quand même, non ? » Bon, après avoir récupéré de ce coup bas et écarté de mon esprit l’envie de le déshériter, je fus bien obligé de lui répondre. Enfin, surtout de lui expliquer la démarche. En même temps, un enfant, quel que soit son âge, reste assez basique. Pas besoin de 15 paires, une suffit pour aller à l’école et à la rigueur il accepte l’idée d’en avoir une seconde pour le sport. Ça ne voit pas plus loin que le bout de son nez, alors lui faire comprendre le concept de propriété…Il va falloir jouer serré. Me voilà donc lancé dans des explications assez improbables, consistant à lui faire comprendre que cette accumulation n’est pas une hérésie et que l’abondance de biens ne nuit pas. Devant son regard incrédule, je me dis qu’il n’a pas été encore totalement convaincu par mon laïus. Je n’ai donc plus le choix, je me dois d’utiliser des exemples simples. Mettre des mots à mes maux, pour qu’il finisse par entendre raison.

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Etant, comme la majorité des gamins de sa génération un consommateur de jeux vidéo, il a tendance à ne pas se fixer de limites. Heureusement, les parents veillent aux grains. Néanmoins, mon assuétude est devenue une marotte pour moi et lui faire comprendre qu’il n’y a rien de nocif dans cette activité est le plus compliqué. Heureusement, il a vite compris vu l’état de certains modèles que cela ne s’est pas fait en un jour. Du coup, son regard a évolué assez rapidement. Ma comparaison avec ses envies de jeux vidéo, a rapidement porté ses fruits. Il a tout de suite saisi mes motivations. A la différence que chaque achat de sneakers est un investissement pour moi, plus que l’achat d’un jeu ; ce d’autant plus quand je vois l’engouement autour de la basket à chaque nouvelle sortie de paires iconiques. Je suis à chaque fois surpris et circonspect quand je rencontre cette mention « épuisé » deux heures après la mise en vente de certains modèles. A croire que la peur de manquer est plus forte que tout. J’imagine tous ces acheteurs derrière leurs écrans, prêts à dégainer. Angoissés, avec la boule au ventre de peur de rater « l’occaz’ » du siècle. Pendant que d’autres, anticipant la sortie de ce qui pour eux serait l’objet d’une quête infernale, ont branché plusieurs comptes de peur qu’un seul ne suffise. Je pourrais également vous parler pendant des heures des « camp out » ou des files d’attente interminables devant les boutiques, les jours de sortie. Sans parler de ces resellersqui faussent le jeu. Bref, j’ai trop perdu à ce jeu, pour ne pas en garder un goût amer en bouche.

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Loin de toute cette agitation, j’observe les réactions de mon fils quand je finis de lui raconter l’histoire d’Adidas. Voilà, J’ai pris le parti de partager avec lui ma passion et de lui expliquer la genèse de mon addiction. Il est vrai qu’égoïstement, je ne me suis jamais dit que cela pouvait intéresser mes enfants. Même si je vois bien leurs regards curieux à chaque fois que je ramène une nouvelle boite à la maison. Pour l’heure, ils savent qui est Michael Jordan et ce que représente une paire de Jordan, mais leur intérêt n’allait pas plus loin. Aussi, cette question m’exhorte à tenter de définir ce qu’est un sneaker addictet ce que m’apporte la culture sneaker dans ma vie quotidienne. Lui démontrer toute l’influence des Etats Unis, du basket ball, de MJ et du sportwearou Streetwear, sur le fait que je suis accro aux sneakers. J’aime les mettre en valeur, les porter, imaginer les tenues qui s’accommoderaient avec. Ce que j’aime par-dessus tout c’est la prochaine paire. Celle que je n’ai pas encore rencontrée, mais qui, je le sais, va me bouleverser quand nos regards se croiseront. Je lui conterai fleurette en espérant que mon ordinateur sera assez rapide pour ne pas subir une nouvelle désillusion. Pas envie d’aller camper dans les rues de Paris… je suis trop vieux pour ces conneries.