Collège Petit Manoir, dans la ville du Lamentin en Martinique, 7h30 la sonnerie retentit.

Stridente en cette matinée où le soleil tente de percer les nuages. L’air est humide comme à l’accoutumée. Il fait déjà 26 degrés et la journée ne fait que commencer. Baskets neuves aux pieds, je tente de me faufiler dans la foule sans me faire remarquer. En effet, chez nous la coutume veut que le premier qui remarquera mes pompes n’hésitera pas une seconde à les « baptiser » en marchant allègrement dessus. J’ai adoré ma vie au collège, l’insouciance de l’adolescence, les copains, le foot entre potes dans la cour ou sur les terrains de hand bordant l’établissement. Les moqueries étaient, monnaie courante et il fallait être solide dans sa tête pour ne pas « tarter » tous ceux qui se foutaient de ma gueule. Mais bon, ça forme la jeunesse et j’ai appris à laisser couler puis à répondre et enfin à me défendre. Mais le truc que je n’ai jamais pu supporter, c’était cette manie de vouloir à tout prix salir mes chaussures neuves. Ça me mettait dans une rage folle et mon poing rencontrait le nez de quiconque tentait de me piétiner. Malheureusement pour moi, mes baskets bon marché ne résistaient pas longtemps à nos parties de foot endiablées.

De ce fait, je me retrouvais régulièrement chaussé de nouvelles paires immaculées, dont je défendais la virginité tel le preux chevalier face à la horde des impies. Quelle horreur ! Je vous laisse donc imaginer ma tête le jour où enfin, ma mère me paya ma première paire de marque. J’étais alors en 3e et je me pavanais comme un coq, Stan Smith aux pieds, à l’entrée du collège. Mais que cette journée fut longue. Je dus batailler ferme pour ne pas me faire marcher dessus.

Manque de chance, je ne gardais mes Stan qu’une seule et unique semaine. Tous ceux qui ont porté cette paire à l’époque s’en souviennent encore, mais pourquoi la semelle était si fine, bon sang ? J’ai détesté la Stan Smith. En marchant on ressentait toutes les aspérités du goudron. Le moindre caillou faisait un mal de chien, et croyez-moi aux Antilles sous l’effet de la chaleur, le bitume il en crée des petits cailloux.

Ilie Nastase

Fort heureusement mon père dans sa grande mansuétude récupéra l’objet et m’offrit en échange une paire de Ilie Nastase bien plus confortable et qui dura trèèèèèèès longtemps. Malgré tous les ennemis rencontrés dans les couloirs de Petit Manoir ou sur les trottoirs du Lamentin. Certes une amande (qui nous servait de ballon, quand on n’avait plus de vraies balles) eu raison de la semelle durant une de nos parties de football. Mais qu’importe, le processus était en marche.Kareem Abdul Jabbar remplaça Nastase et je rentrais de plein pied dans ma période H.I.P, H.O.P. Tentant de breaker tel Sidney en touchant des murs invisibles ou en reculant et avançant sous l’effet du vent. Bref, j’étais un B. Boy. Enfin, dans ma tête. Kangol sur la tête, gant blanc et blouson rouge façon Michael dans Thriller et baskets montantes, je me préparais pour le lycée.

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J’étais loin de me douter que ce petit jeu d’ado en herbe allait me poursuivre jusqu’au bureau. Imaginez ma réaction lorsque l’une de mes collègues se mit à crier « oh, tu as des nouvelles baskets, attends je vais les … » Stop ! No way ! Fausse bonne idée madame. Heureusement, certains savent garder raison et finalement tout rentra rapidement dans l’ordre. Pour moi, c’est une expérience unique que de porter « sa » nouvelle paire. Déjà, rien que le fait de la choisir, c’est un plaisir sans fin. Que ce soit de la prendre dans ses mains ou de la choisir sur la toile. La voir aux pieds d’un autre ou sur une photo. Dans un magasin ou un magazine. Suite à un évènement sneaker ou un match de basket. Quel que soit l’origine ou l’élément déclencheur, on ne peut lutter contre cette envie irrépressible qui grandit au fond de nous. Cette petite voix qui nous ordonne de la prendre. C’est comme ce petit démon et cet ange sur chacune de nos épaules qui nous chuchotent aux oreilles. Dès lors la raison n’a plus lieu d’être, il n’y a que le cœur qui parle à cet instant. Comme le cœur a ses raisons …. Finalement, on craque et dès lors l’attente est aussi excitante que le choix. Tel un enfant impatient, on attend de recevoir sa commande ou on a hâte de rentrer chez soi avec son nouveau trésor.  On se pose avant d’ouvrir la boite. Les mains moites, la gorge sèche, c’est dans cet état qu’on découvre sa « sneaker » immaculée. Les yeux émerveillés on l’admire sous toutes ses coutures. Du coup, porter sa nouvelle acquisition devient presque cérémonial, et s’il y a bien une chose qu’on ne veut pas c’est bien la salir à sa première sortie. Aussi, la décision de la mettre devient primordiale. Toujours choisir les circonstances idoines, afin de valoriser au mieux cet instant qui doit rester juste … unique. Nous voilà devant un nouveau casse-tête …avec quoi va t’on bien pouvoir les porter ?