La culture sneakers est omniprésente dans notre quotidien. Elle nous absorde et nous entraine dans sa danse sans que nous nous en apercevions. Nous tous qui portons haut la basket.

Je me suis souvent posé la question, de ce qui faisait le succès de la basket. En observant les gens autour de moi, je me rends compte de son omniprésence, elle en serait presque omnipotente. Il suffit de déambuler dans les rues de n’importe quelle ville pour s’en apercevoir. Les boutiques de chaussures dites traditionnelles ne s’y sont pas trompées et leurs devantures mettent en avant leurs rares paires de sneakers. Les boutiques de luxe rattrapent à grands pas leur retard sur la concurrence. A grands coups de défilés, de stylistes et de designers. Tant et si bien que la « sneakers attitude » n’a plus de limite. Ce n’est plus une question d’âge, de public, de style ou de vertu. Ainsi, tous les portefeuilles sont visés. On a presque l’impression que victime de son succès, elle est à deux doigts de se perdre. Pris dans ce tourbillon, nous avons connu une catastrophe quand un fou a tué pour une « Air Jordan ». La rareté a un prix d’une cruauté sans limite et les coups marketing sont parfois excessifs. Heureusement, nous en sommes revenus, mais aujourd’hui la même folie semble resurgir au coin du bois… au coin de la rue. Il suffit pour cela d’une édition limitée, d’une collab’ un peu trop prestigieuse et/ou pas assez fournie. Il suffit d’une étincelle, d’une hype mal maitrisée sur les réseaux sociaux et la paire souhaitée s’envole en moins de temps qu’il ne me faut pour écrire ces mots. Mais, alors sommes-nous en train de vivre le déclin de la culture sneakers, comme on a vécu le déclin de l’empire romain ? Nous pauvres croyants, serions-nous victimes du mercantilisme de riches resellers qui ne pensent qu’à leur future marge ? L’or et l’argent des Amériques se sont-ils transformés en baskets d’aujourd’hui ?

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Pour y répondre, je me plonge dans la genèse du mouvement. La culture sneakers vient-elle du mouvement hip hop et de la liberté que procure la basket, où est-elle liée à la popularité grandissante des stars du sport ? Est-ce dû au mimétisme de toute une génération ou à la politique de marketing agressif des marques ? Répondre à cette question, c’est comme tenter de savoir qui de l’œuf ou de la poule est arrivé le 1er. Evidemment pas besoin d’être sorti d’Harvard pour se rendre compte que la popularité d’une Cortez ou d’une Superstar ; d’une Stan Smith ou d’une Pump voir d’une Puma Suede ne viennent pas que des modèles eux-mêmes. Cela même si ces sneakers iconiques ont traversé le quantum espace/temps. Non, l’essentiel est ailleurs. Peut-être plus sur la faculté qu’ont les marques à valoriser leurs modèles rétros. Ils ont compris comment (encore une fois) surfer sur la vague. Mais alors, nous voilà pris au piège du marketing, nous qui nous croyons juste passionnés. Certes, nous quadra nous avons pour la plupart vécu ce passage des sneakers des terrains à la street. Nous qui nous parions des 3 bandes avec fierté, ou de la virgule avec gourmandise. Notre subconscient était-il manipulé par Mars Blackmon et son comparse chauve ? Ou est-ce plutôt les envolées pleines de grâce de his airness qui ont fini par nous convaincre ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Me voilà face à mes interrogations quand mon regard est attiré par mes propres paires de sneakers.

Tout s’éclaire en un instant. Peu importe les convoitises, le marketing, les marques, les resellers, les trafiquants capables de contrefaire 27000 « Air Jordan » pour tenter de s’enrichir. Peu importe les ventes records, les Camp Out, les queues à rallonge, les collab’ ou les colorway à vomir ; reste le plus important. Reste l’amour du jeu, l’amour de la basket pour ce qu’elle est. Reste le plaisir de chausser SA paire, celle qu’on a choisi d’acheter parce qu’elle nous faisait envie, parce que pour nous elle était là, elle était belle, elle sentait bon la mirabelle… Ma légendaire. (Sous l’air du « légionnaire » ça passe bien) Non vraiment, rien ne remplace ce pincement au cœur qui nous touche quand on entre en possession de son précieux. Puis vient, cet autre moment où on la porte pour la première fois, tentant d’éviter tous les pièges qui nous attendent dans la jungle urbaine. Nous voilà nous pavanant, attentif au moindre problème, prêt à sourire au moindre compliment ou regard complice. Et quand ce n’est pas dans la rue, c’est sur un terrain (là où elle se sent le mieux) qu’on étrennera sa dernière trouvaille. Non, la culture sneaker ne se résume pas à Run DMC, MJBreackdance ou Une nouvelle Collab’. C’est avant tout une manière de vivre, un état d’esprit nourris par l’ensemble de ces petites choses et saupoudrés par notre propre histoire. Que serait une paire de Jordan sans les arabesques du joueur ? Que serait une Yeezy sans la personnalité de Kany W ? Que serait la superstar sans les Boston Celtics et le Hip Hop, la Suede sans le break, ou la PUMP sans l’esprit des années 90. Nous sommes tous quelque part, touchés par cette culture, tous par certains côtés sneaker addict, il y en juste certains qui l’assument et d’autres qui ne le savent pas encore. Mais nous marchons tous, droit dans nos baskets, nous baladant dans les rues, le pied alerte et la tête haute. Une paire de baskets aux pieds tentant de résister à la chute de l’empire.