L’Hebdo Rudymentaire, confessions d’un Sneakers addict #12

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De ces années de disettes, j’ai appris à aimer mes « baskets » et à en prendre soin. Parce que malgré tout, dans la chaleur étouffante des Antilles, tes pieds souffrent quand tu joues. Si tu n’en prends pas soin tu peux vite déchanter. Imaginez mon playground de l’époque. Un terrain rempli de gravillons planté en plein milieu d’une école maternelle. Cet établissement étant lui-même cerné par des plantations de bananes et un terrain de foot, en pleine campagne martiniquaise. Les lignes à peine lisibles et réglementaires. Le panneau brinquebalant et le cercle nu comme un ver. Pour y accéder, il y avait juste une rue et un portail à escalader. Pour pouvoir s’adonner à notre petit plaisir du weekend on hésitait pas à le squatter sans vergogne. On jouait du vendredi soir au dimanche soir à la lumière d’un lampadaire d’une autre époque qui tentait bien malgré lui d’éclairer nos parties endiablées. On avait une bougie face aux ténèbres les plus sombres​. La lune nous éclairait plus que ce lampadaire. Les règles étaient simples. Le gagnant restait sur table et pas question de se faire sortir, sous peine d’attendre une éternité avant de pouvoir tenter une nouvelle fois ta chance.

Les chaussures souffraient. L’état du terrain n’aidait pas et les gravillons bien que balayés à coups de balais improvisés (Quelques feuilles de cocotiers réunis pour l’occasion) étaient omniprésents. On ne lâchait rien. C’est là que j’ai appris à jouer, enfin surtout à refuser la défaite, à ne rien lâcher et à défendre comme un chien. « No blood, no foul ». (Pas de sang, pas de faute). C’était le Rucker Park du pauvre, mais qu’est-ce que c’était bon. On se donnait à fond, sans se poser de question et malheureusement pour quelques paires mythiques, sans se préoccuper de nos sneakers pendant les matchs. Je ne peux toutes les citer, mais pèle mêle sont venues remplir le cimetière des sneakers la « Air Jordan 6 black infrared », la 9 et la 13 BG White and Black, les fameuses Adidas Streetball, les Reebok pump et celles qui pour moi avait le plus de gueule les « Nike Air force 180 Pump ». La 1ere fois que je les ai vu portées sur notre playground, j’ai traité mon pote de tous les noms. Je trouvais que ces chaussures étaient la quintessence de ce que devait être une chaussure de basket. Maintien de la cheville, légèreté (toute relative, car c’était par rapport à nos chaussures en béton de l’époque), amorti, élégance, férocité et technologie. Bref un must pour moi, le porte avion de l’armada américaine, portés justement par l’amrial David Robinson, star de Spurs de l’époque. Je savais le sort que lui réserverait notre « playground » adoré. Nous étions inconscients, certains ont même tenté de jouer en espadrilles et d’autres en claquettes tellement nous étions possédés par le démon du jeu.

J’ai un peu retrouvé cet état d’esprit en posant mes valises à Bondy. Le playground pullulait de joueurs du dimanche, mais c’était bon enfant et ça jouait dur et longtemps. Les tournois de rue étaient en plein essor. L’Adidas Streetball, le Reebok Blacktop 3×3 ou le Nike  tour, tous sont à l’origine du Quai 54. Jordan etait encore sur les terrains de baseball et je cherchais mes repères dans cette banlieue nord inconnue pour moi, dont je devais appréhender rapidement les codes. Paris a été alors un lieu de grandes émotions basketballistiquement parlant. Que ce soit sur les terrains de Bir Hakeim, Glacière ou Tolbiac, la règle n’avait pas changé. Pour ceux qui ont connu l’âge d’or de la NBA avec ses défenses de fer façon boucherie chevaline, savent de quoi je parle. Genre Detroit Pistons époque Bad Boys avec Isiah Thomas l’assassin au sourire enjôleur. Vinnie Johnson le shooteur venu de Seattle. Rodman le rebondeur fou qui passait ses nuits à visionner des VHS pour comprendre les tirs de ses adversaires et savoir d’avance où irait le ballon. Bill Laimber l’homme masqué capable de faire passer Kauzer Sauzé pour un gentil garçon et Joe Dumars le gendre idéal. Le Boston de Larry Legend Bird, Kevin Mc Hale ou Robert Parish savait également jouer des coudes quand il le fallait. Mais, pour moi, les maitres absolus étaient rien de moins que les NY Knicks 95/96. Doctor es défense dans les années 90’s. Emmené par un soldat inconnu du nom de John Stark, non ce n’est pas le frère du porteur de l’armure d’Iron Man, mais il aurait pu tellement il était intense sur un terrain. Epaulé par le chêne Charles Oakley, le cerveau Derek Harper, le patron Pat Ewing, et enfin le bucheron « feu » Anthony Mason, dont le regard pouvait vous glacer le sang. Ils étaient mes héros. La voie de la « force » à suivre absolument. C’était une autre époque.