L’Hebdo Rudymentaire, confessions d’un Sneakers Addict #11

Sneakers Rudy

D’aussi loin que je me souvienne, la « basket » n’était pas forcément au centre de mes intérêts. En même temps, gamin je n’avais pas la chance de ceux d’aujourd’hui, qui ont un choix presque illimité de paires, aussi originales les unes que les autres. Ils ont juste à demander et presque par magie, une jolie paire apparait devant leurs yeux ébahis. Moi, juste pour avoir une paire de « Mike », (la version chinoise de la célèbre marque à la virgule) ; je devais avoir les baskets déchirées avec un ou plusieurs orteils qui dépassent. Je ne joue pas au rabat-joie, ni au vieux combattant qui sortirait son fameux « c’était mieux avant ». Je suis bien trop heureux de vivre à mon époque. De toute façon avant, je ne pouvais pas me payer un paquet de« Raider », alors une paire de chaussures … vous pensez bien. Non, pas de marque pour moi, « trop cher mon fils ». En même temps, je changeais de pompes tous les mois, pas le temps d’en prendre soin. Bon ok, je frappais des deux pieds tout ce qui pouvait trainer sur le sol. Je me prenais un peu pour Platini (pour les ignares, c’était le Zizou de l’époque). La première paire de marque que ma mère m’ait offerte c’était une Adidas Kareem (du nom de la star de LA K. Abdul Jabbar). J’ai tout fait pour la garder en vie. Certes, ce n’était pas une top shoes, mais même si nos « Nastase, Suède, Air force, Cortez ou autre Stan Smith » n’avaient pas la classe, ni le confort, d’une paire de Jordan, elles avaient de la gueule.

Je pense ne pas me tromper en disant que malgré tout on savait prendre soin de nos sneakers quand on recevait enfin un modèle de marque. En même temps pas le choix, on en possédait une paire par an, pas plus. Donc il valait mieux en profiter, le plus longtemps possible. Trop la honte d’arriver au collège avec une marque inconnue, voire inexistante. Je pense que cette frustration, m’a donnée envie de pouvoir me faire plaisir dès que j’en aurai l’occasion. Ceci n’explique pas tout, bien évidemment, mais comme je l’ai déjà dit c’est un ensemble de choses qui m’ont fait franchir le pas. En même temps on ne devient pas sneaker addict sur un claquement de doigt, enfin j’espère. Oh, il n’a pas fallu me pousser longtemps pour tomber dedans. Il m’a fallu juste être au bon endroit au bon moment. Que ce soit à Fort de France, à New York, Atlanta, Gondeau Saint Joseph ou Paris, j’ai été influencé à chaque fois. Que ce soit par le refus de mes parents de me payer une paire hors de prix, ou mon passage à Atlanta dans le placard de mon hôte, ou New York et ses magasins de fou, voire à Noisy le sec et son Décathlon et Paris où fourmille de petites boutiques sneakers ; j’ai vite compris où je trouverais mon plaisir.

Fort-de-France c’est là que j’ai découvert le basketball, le vrai. Non pas que je ne connaissais pas ce sport, mais c’est surtout que pour moi, rien ne comptait plus que le football. Quelle erreur ! J’ai appris à posséder ses codes, ses modes, ses tics, ses mouvements et à connaitre ses stars. Quoi de plus beau qu’une envolée de MJ au-dessus du cercle, qu’un shoot de Larry Legend sur la tête de son défenseur, qu’un rebond suivi d’un dunk monstrueux de Barkley, ou une passe aveugle de Magic Johnson ? It’s showtime, baby ! Et me voici embarqué par mon meilleur ami vers l’équipe du lycée, puis dans son club du Golden star. « Ce n’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme« , moi c’est le basket qui m’a emporté, sans me demander mon avis. Comme, je ne suis pas du genre à faire les choses à moitié, je me jette donc à corps perdu dans ce sport, qui était juste scolaire pour moi. La première chose que j’ai compris, c’est qu’il me fallait des chaussures pour jouer et tant qu’à faire autant qu’elles soient belles. En pleine période, Converse, Nike, Adidas je n’avais que l’embarras du choix. Pire que tout …le club était même prêt à m’aider. Je venais de mettre le doigt dans l’engrenage sans même m’en apercevoir.