Nos vies ne ressemblent généralement pas à ce dont nous rêvions enfants. Moi, par exemple je me voyais footballeur professionnel, côtoyant Platini, Cruyff, Maradona ou Zizou. Le football se refusant à moi, je dus me contenter de jouer au basket de façon plus amicale que professionnelle. La vie m’a surtout réservé des surprises, bonnes ou mauvaises, mais souvent surprenantes. Adulte, on finit par prendre pour métier ce qu’on nous propose. La notion de plaisir au travail se retrouvant parfois abandonnée voire oubliée, au bénéfice d’un pragmatisme essentiel à notre survie. Ainsi va le temps. Il file si vite que d’ici peu 2017 ne sera déjà plus. Les fêtes de fin d’année laisseront la place à l’Epiphanie, puis aux fêtes du printemps, succèderont alors la période estivale, la rentrée, l’automne, la Toussaint et de nouveau la fin de l’année. Cette éternelle ritournelle bercera une nouvelle révolution de la Terre autour du soleil, et nous pleurerons encore nos morts, tout en félicitant les nouveaux parents. Ainsi va le cycle de la vie. Certains jours nous marqueront à vie, d’autres disparaissent sans laisser de traces. Comme le disait si bien Jean d’Ormesson « Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe rien. Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde. »

Le temps passe donc si vite qu’on ne prend (justement) plus le temps d’apprécier ceux qu’on aime, ceux qui nous apprécient. On ne prend plus cette respiration qui nous aiderait à apprécier ces moments (rares). Vous savez ceux où l’on voudrait que tout reste en l’état. Que le temps suspende sa marche effrénée. Juste quelques instants. Juste quelques minutes. Une éternité. Ces périodes inoubliables qui passent comme un éclair, doivent devenir nos trésors, et être préservées chèrement dans nos mémoires. Si bien qu’au moment de la perte de ces êtres chers nous puissions nous réfugier dans nos têtes afin de revivre ces tranches de vie. Ces moments nous sont chers car nous l’avons décidé. Ce pourrait être dans le regard des autres des moments futiles. Mais pour nous ils sont précieux. C’est comme ces paires qui nous font complètement disjoncter. Provoquant chez nous des réactions anormales. J’ai toujours eu pour principe de respecter le choix des autres. En effet, il n’y a d’importance que par rapport à la valeur que nous donnons aux choses ou aux gens. Aussi bizarre que cela puisse paraitre, passer trois nuits à camper devant un magasin ou un cinéma pour la sortie d’une sneaker ou d’un film ne doit plus vous surprendre. Tout comme le chagrin de millions de français suite à la mort de Johnny Halliday. Il faut comprendre que pour certains d’entre eux, il était comme un membre de la famille. Omniprésent par ses chansons. Diffusant une émotion si forte durant ses concerts, qu’il en était bouleversant. Je peux le comprendre. A 5 ans mon modèle (mis à part mon père) était représenté par un poster de Johann Cruyff, d’ailleurs sa mort m’a profondément attristé et touché. Tout comme celle de Jean d’Ormeson passée presque inaperçue dès l’annonce du décès de Johnny.

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Pourtant, 44 années de la vie de l’Académie Française viennent de partir en fumée. Le fauteuil 12 des immortels n’est désormais plus occupé. « C’est une chose étrange à la fin que le monde ». Alors certes, ce petit homme aux yeux bleus pétillants de joie, à la chevelure blanchie par l’âge et à la gouaille inégalable, nous aurait claironné que « les honneurs, (il) les méprise, mais (il) ne déteste pas forcément ce qu’(il) méprise. » Je l’imagine, désormais, reprenant auprès de François Mitterrand l’une des fameuses et interminables conversations qu’ils entretenaient de leur vivant. Comme je vous l’ai dit, rien n’a plus d’importance que la valeur qu’on donne. Mais d’Ormeson m’aurait répliqué que « rien n’est plus difficile pour chacun d’entre nous que de situer ce qu’il a fait et de se situer soi-même à sa juste mesure. » On en revient toujours à la relativité des choses de la vie.

Pour moi une paire de « Jordan 1 banned » sera toujours un achat prioritaire, alors que pour d’autres ça reste juste une paire de baskets lambda, à n’utiliser qu’en cas d’urgence. Des exemples comme cela, je pourrais vous en donner des dizaines, voire des centaines. Mais le plus important, pour vous, c’est de savoir ce qui est le plus important. De savoir qu’elles sont vos priorités. Ne laissez surtout pas de prétendus érudits vous dicter votre conduite. Forgez là. N’écoutez pas les voix de la discorde, qui oublient bien vite que notre pays a été fondé sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Ceux-là ne sont déjà plus crédibles. Enfin, profitez-en pour rester fidèle à vos principes car et comme nous le rappelle d’Ormeson : « Depuis le big bang, tout commence à mourir à l’instant même de naître. L’univers n’est qu’un élan vers l’usure et la mort. »