Fan absolu de football, depuis ma plus tendre enfance, je ne me voyais nulle part ailleurs que sur le pré verdoyant.

Je m’imaginais sportif de haut niveau, mais devant mon manque évident de talent footballistique je dus me contenter de regarder et commenter les matchs. Tous les matchs. Cela va de la Coupe du Monde, en passant par l’Euro, la Copa America, la CAN, la Ligue des champions, la L1 et tous les matchs étrangers. Fort heureusement pour mes parents, je suis né à une époque où il y avait très peu de matchs à la télévision. Du coup, j’ai vécu à travers le poste de radio de nombreuses rencontres. Sans parler des résumés avalés comme un mort de faim, dans les journaux. Mon argent de poche passait en totalité ou presque dans les magazines de foot. France Football, Onze, Mundial étaient mes livres de chevets. Fort heureusement (ou pas) le basket a croisé ma route. Devant les exploits de Magic, Bird, Thomas, Barkley et Jordan, je ne puis que me résoudre à reconnaitre que mes Maradona, Platini, Bekhenbauer, Cruyff n’étaient pas aussi spectaculaires. Pourtant, ils étaient les héros de mon enfance. Comme l’a si bien dit Bill Russell : « Le Basketball est l’unique sport qui tend au ciel, pour cela c’est une révolution pour qui est habitué à regarder par terre. »  Mon regard tourné vers l’Amérique j’ai découvert le hip hop par la même occasion. En même temps à l’époque, mon meilleur ami au lycée était un grand métis à l’afro soigné, dont les Lévi’s cintrés mettaient en valeur ses jambes interminables. Il portait avec fierté ses 860 Avia blanches et bleues, qui exacerbaient sa démarche nonchalante. Toujours pourvu d’un cahier, il n’arrêtait pas de griffonner des textes auxquels je ne comprenais rien.

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« C’est du rap » me criait-il les yeux brillants. Et le voilà psalmodiant ses rimes, mélangeant avec harmonie anglais et créole. Ce fut ma 1ere rencontre avec un MC. Une révélation. Plus tard convaincu par mes potes que le Bball c’est bien, je prenais ma 1ère licence dans un club. Paré d’or et de bleu, couleur du Golden Star BB, je dus troquer mes Ilie Nastase contre ma 1ere paire de baskets. Des « Converse ERX 200 » grises et blanches, magnifiques. Qu’est-ce que j’ai pu adorer cette paire ! J’avais l’impression de mesurer deux mètres et de pouvoir dunker sur tous mes adversaires. Bon, j’avais du pain sur la planche avant de réussir juste à poser la balle au niveau du cercle, mais on a bien le droit de rêver. Mes débuts dans le basket ne marqueront pas les esprits, car quand je jouais, je ressemblais plus à Gaston Lagaffe dans un magasin de porcelaine, qu’à Kevin Johnson mon modèle de l’époque. Pour les connaisseurs, je parle du KJ version « Phoenix SUNS ». Bref, avec le basketball, j’ai adopté toute la panoplie US et le look BBoy, les casquettes, les baggy shorts et les teeshirts extra larges. Mon passage par la case Atlanta n’a fait qu’empirer les choses. La découverte de l’Amérique a été comme une ruée vers l’or « sneakerique ». C’est comme si la collection de sneakers de mon hôte m’avait jeté un sort. Depuis, le traumatisme perdure, sans pour autant que je me plaigne, bien au contraire. Ce fut une période prolifique pour le Hip hop, le basket et les « sneakers ». Une époque chérie en ce qui me concerne, mais plus parce qu’elle correspond à ma jeunesse que parce que j’en ai vraiment profité. Je ne vais pas édulcorer la réalité, à cette période je n’avais pas les moyens de mes ambitions, et je n’ai pas eu le loisir d’acheter toutes les paires qui me faisaient envie. Les Penny Air Zoom, les Reebok AI, les Kobe 1 de chez Adidas, les Jordan 3, 5, 10, 11, les Avia de Clyde the Glide ou les Nike de l’amiral et celles de Gran Ma Jhonson ? Pas une seule ne franchit le seuil de mes parents.

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Il a fallu que j’attende la réédition de certains modèles pour avoir l’opportunité et le privilège de les acheter, voire de jouer avec. Malgré tout, la frustration née de cette époque me hante encore. Je pense que c’est surtout de là que vient mon amour immodéré et ineffable pour la « sneaker ». Mon addiction ne se préoccupe pas de savoir comment je fais, mais plutôt de comment sera la prochaine. Fort heureusement, dans un sursaut de lucidité j’arrive parfois à faire la part des choses et je ne commande pas la dernière sortie. Je parviens encore à me maitriser. Ma thérapie par l’écrit ne m’aide pas vraiment à évacuer tout cela, mais au moins elle me permet de trouver de bonnes excuses pour m’acheter quelques petits bonbons. Comme mes Jordan XI red ou mes Air Max Uptempo, derniers joyaux de la collection. Néanmoins, même si je suis heureux d’avoir vécu ce que certains appellent l’âge d’or de la basket et du hip hop ; je suis tout aussi heureux de vivre l’époque actuelle. Dans une ére où les marques ressortent leurs plus beaux fleurons, les designers se lâchent, les collab accouchent d’ovnis et les technologies sont de plus en plus affinées. Dieu seul sait ce que nous réserve l’avenir, mais je ne suis pas inquiet, car la « sneaker » a encore un bel avenir devant lui. Je finirai par ces mots de Mac Miller : « Nikes on my feet, make me Cypher complete ….Revis Make me shoppin when I’m up in New York. »