Me voilà entrainé dans une nouvelle aventure passionnante. En fait d’aventure, je pense que je me suis fait manipuler. Anna doit être mentaliste ou pas loin. Venu pour supporter mon amie et son bébé « Son of Sneakers» lors d’une soirée sur l’entrepreneuriat, je me retrouve en plein brainstorming autour d’une table. A mes côtés un conseiller municipal, une banquière, un community manager, un chef de projet, une étudiante en podologie, une lycéenne et une étudiante en management. Nous n’avons pas grand-chose en commun si ce n’est celui de nous retrouver à débattre sur l’importance du réseau. Le fameux répertoire qui peut sauver des situations mal embarquées, sur un simple coup de fil. Bref, j’ai parlé d’entrepreneuriat, moi qui n’y connait pas grand-chose. Mais au-delà du fait que la soirée fut finalement assez intéressante, même parfois intrigante, ce qui m’a fait le plus réfléchir est venu d’une banale conversation avec un des participants. Quelques mots échangés avec un homme d’une quarantaine d’années, petites lunettes rondes, casquette vissée sur la tête et en blouson gris foncé, on aurait dit un jeune des années 90, sorti tout droit de la Deloreanne. Ce fan de Sidney nous accoste, l’air enthousiaste, tant et si bien que ses idées en sont confuses. Il arrive tout de même à nous expliquer son intervention. Il est séduit par « Son of sneakers ». Le fait de parler de « Sneakers », de culture  « Sneaker » est déjà pour lui tout un concept. On le sent heureux, comme délivré, de pouvoir parler de choses qui le passionnent. Il n’aurait d’ailleurs jamais pensé pouvoir aborder le sujet sous cet angle culturel.

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Pour lui, la « sneaker » c’est « Michael Jordan, la NBA, la rue, le Hip Hop », c’est sa jeunesse. Ce à quoi il a été nourri, mais il n’avait pas conscience de tout le mouvement qu’il pouvait y avoir autour d’une simple paire. De la conception à la rue ou aux terrains de sport, certaines « sneakers » engendrent un mécanisme qui peut provoquer pas mal de turbulences. Prenons un exemple simple, un best-seller, comme la « Air Max ». Le designer Tinker Hatfield vient à Paris, voit l’escalator extérieur de notre Centre Pompidou et cela provoque une révolution. Nouveau design dans la gamme Nike et conception de cette nouvelle paire de running. A la base paire pour les joggeurs, elle se retrouve dans la rue. La première bulle d’air visible est intégrée, le terme « Air Max » nait.  La marque au swoosh a boosté ses ventes juste avec ce modèle et pu ainsi assoir son avenir.

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La « Air Max» prenant parfaitement le relais de la « Air Force 1 ». Elle a permis à la marque américaine de se positionner et s’affirmer durablement dans le monde du running et l’athlétisme (son fonds de commerce depuis les débuts en 1972 de la marque et la sortie de la Cortez.) La AM87 faite pour la pratique sportive avec un design particulier, son look agressif et son « Air Sole » apparent vont transformer la vie de millions de joggers et influer sur le design des concurrents. 30 ans après, elle suscite toujours autant d’émotions. Participe toujours au succès de la marque à la virgule. Elle est devenue une icône de la mode, du graff, du Hip Hop, de la culture urbaine et de la culture pop. Certains collectionneurs ne voient que par ce modèle. Bref, elle a bouleversé le paysage et fait donc partie intégrante de la « culture sneaker ». Juste à partir d’un simple coup de crayon et d’une idée folle d’un designer à qui l’on avait juste demandé de faire une chaussure de sport destinée à la course mais qui devait être moderne et performante.

Cet exemple pourrait être décliné à l’infini et quelle que soit la marque. Converse et sa Chuck Taylor. Adidas et sa Stan Smith. Reebok et sa Pump. Puma et sa Suede. Tiger et sa Mexico. On en finira jamais. Fort heureusement, ce ne sont pas toutes les « sneakers » qui entrent dans l’histoire et certains échecs commerciaux sont là pour le prouver. Ils font malgré tout partie des aléas. De ces échanges avec cet inconnu, je me suis demandé ce qui poussait les nouvelles générations à continuer de porter des chaussures de sport. Au-delà de praticité de la chose bien évidemment. Entendre un gamin de 12 ans m’expliquer que sa Jordan 12 Be like Mike était une paire magnifique pour toutes les raisons du monde me laisse parfois perplexe. Surtout qu’il n’a vu Michael Jordan qu’à travers Youtube. Savoir qu’un acteur aussi chic que Jean Rochefort, ne sortait jamais sans sa paire de Jordan, m’intriguait tout autant. Certes, la basket, contrairement aux années 80 est devenue une pièce incontournable de sa garde-robe, mais de là à en tirer toute une culture autour. Pourtant c’est bien l’effet que cela me fait. De voir comment certains y consacrent leurs économies, comment d’autres en fond un art de vivre. Je me dis que finalement, je comprends l’enthousiasme et l’envie qui jaillissaient de mon interlocuteur. Comme l’impression d’avoir été nourri par les mêmes images, baigné dans le même bouillon de culture.