Je me suis souvent demandé ce qui faisait se lever les foules. Comment les champions avaient incité le public à se déplacer en masse ?

Quel était l’élément déclencheur ? Le petit truc en plus qui suscite des vocations, vous savez ce petit rien qui égaye les grands comme leurs enfants. Le truc passion, quoi. Cette chose insignifiante mais cruciale finalement, je l’ai découvert par hasard. En même temps le hasard fait bien les choses. Il a suffi que j’en parle pour que cela me saute aux yeux. Au départ ce n’était qu’un détail. Puis cela a grandi. Poussé et grossi. Pour finalement envahir tout l’espace. Il a suffi d’une 1ère fois. Juste un instant. Le temps de se demander ce qu’il venait de se passer. Il a suffi d’un regard. Un sourire. Une pantomime. Juste ça. Mon Père m’en parle encore. Mes fils n’ont que ça à la bouche. Ma femme ? Elle est encore sous le choc. Comment est-ce possible me demande t-elle souvent ? C’est vrai ça, comment un geste, aussi beau soit-il, peut-il faire vibrer des milliers, voire des millions de personnes ? Comment une action aussi anodine que taper dans un ballon, un palet ou une balle peut rendre hystérique la moitié de la planète ? Comment une réception, une glissade, un dribble, une chute ou un saut peuvent changer la vie d’un champion ? Un simple mouvement réussi ou à peine maîtrisé, peut transformer la vie d’un sportif ; Peut électriser la foule. Gestes simples, mais souvent exceptionnels.

Ces gestes sortis de leur contexte passeraient peut-être inaperçus, voir superflus. Pourtant, ils sont la quintessence de ce qu’est le sport et l’exploit sportif. Le petit plus qui fait d’un homme ou une femme un champion ou une idole. Les passements de jambes Robinho ou Ronaldo (le brésilien), la roucoulette de Jackson Richardson, le smash en aveugle de Earvin NGapeth, la feinte de Peter Forsberg ou la foulée de Marie Jo Pérec. La liste est longue, presque infinie. S’il est évident qu’un mouvement offensif aura toujours plus de répercussion qu’un mouvement défensif. Il ne faut pourtant pas les galvauder. Tous ceux de ma génération se rappellent des tacles de Di Meco. Le coup droit de Federer a beau être d’une limpidité sans égale on ne peut négliger la défense de Mickael Chang en finale de Rolland Garros. Tous les buts de Wayne Gretzky seront gâchés par les arrêts décisifs de certains goalies. Bref, tous les gestes comptent, mais certains marquent les esprits plus que d’autres. Surtout s’ils sont décisifs. Mon enfance a été bercée par les images de Pelé, Cruyff, Maradona (son slalom en quart de finale contre l’Angleterre est juste une merveille), Hinault, Platini, Noah, Magic, Jordan ; je m’arrête là car la liste est trop longue. Je parle de ces champions, car j’épiais chacun de leur geste. Je m’identifiais à eux. Je tentais de répéter leurs gestes avec plus ou moins de succès. Aujourd’hui, je mesure à quel point j’ai été chanceux. Non pas d’avoir été un contemporain de ces sportifs, mais de voir mes fils imiter à leur tour les gestes de leurs propres modèles. 

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D’avoir réussi à leur inculquer cette envie de faire du sport. Leur avoir donné envie de jouer, s’amuser et progresser. S’émanciper. C’est une chance. Mon amour des sneakers s’est nourri des exploits de mes héros d’enfance et d’adolescence. Si je n’ai jamais rechigné à aller à la salle, par tous les temps et toutes les conditions possibles, c’est par amour du jeu. Mon amour du basketball. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir transmis le flambeau à mes fils qui adorent leur sport. Price, Murray, Fleury, Bellemare, Crosby ou Mc David me sont désormais familiers. Je n’y connaissais rien, il y a trois ans, me voilà immergé dans ce monde. Je me rends encore plus compte que c’est la maîtrise des détails qui permet la victoire.  De ces succès naissent les champions. C’est aussi pour ça que j’aime le sport, pour toutes les émotions qu’il peut véhiculer. Pour tous ces excès justifiés ou non ; même s’il existe des limites. Autant j’encourage la ferveur, autant je condamne les excès négatifs tel les envahissements de terrains ou les insultes. Le sport reste fondamentalement un jeu. Certes l’argent donne de l’importance aux résultats, mais cela reste un amusement. Mon plus jeune fils, me l’a encore rappelé, lui qui est prêt à jouer au Real gratuitement. Parce qu’il ne comprend pas qu’on puisse le payer pour faire ce qu’il aime. Comme quoi l’amour du jeu doit être au-dessus des intérêts économiques. Il faut garder en mémoire, la grâce de monsieur Jordan dans les airs même si elle ne fera jamais oublier son shoot décisif en final NBA face à Bryon Russel et le Jazz d’Utah en 98. Tout comme les roulettes de zizou contre le Brésil seront toujours devancées dans la mémoire collective, par son double coup de boule en finale de la Coupe du Monde 98. Les champions nourrissent les consciences et fascinent les foules, comme les gladiateurs jadis dans la Rome antique attisaient la passion de la foule. Comme disait le poète Juvénal pour nourrir le peuple rien de mieux que « des jeux et du pain » (panem et circenses), il serait surpris de voir que 2 millénaires plus tard, la recette fonctionne toujours.

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