Impossible de faire marche arrière, juste montrer que ce qui ne tue pas rend plus fort. Je brandis mes baskets comme un bouclier.

Je me réveille avec la gueule de bois, ivre d’émotions. La nuit passée fut compliquée. Il est 4h et Paris ne s’éveille pas encore tout à fait. Non, pas de camp out, pas de sortie de nouvelles paires aujourd’hui. Il est juste trop tôt et je me désespère au fond de mon lit. Je tente de me rendormir avec plus ou moins de succès. 6h30, le réveil sonne… enfin. Il est temps de voir si le monde a changé depuis hier.

En effet, la veille, j’ai appris à mes dépends que l’orthographe, c’était là l’essentiel. On se devait d’écrire sans fautes. Faute grave. La syntaxe bon Dieu, la syntaxe. Je me remémore mes heures sur les bancs du collège « Petit Manoir » me souvenant de Mme Ortolé, dictatrice à temps plein et prof de français à ses heures perdues. Vexée d’avoir été reprise par un mouflet lui expliquant que « g+i » se prononce « ji ». Bref une ribambelle de zéros plus tard ma mère fut convoquée à la « Kommandantur ». Angoisse totale ! Heureusement, vite dissipée. La mère antillaise n’est pas dupe. Une hirondelle ne fait pas le printemps me dit-elle et si c’est la seule qui te dénonce face à ceux qui t’encensent, ne craint rien mon fils. Alors en me levant, je n’ai qu’une seule envie, me faire plaisir. Le trop plein d’émotions de la veille m’a vacciné, donc sortons les plus belles. Exposons-les au vu et au su de tous. Me voici en Jordan 4 rétro « pure money ». Malgré cette envie irrépressible et entêtante de vacances au soleil, d’insouciance et de moments forts partagés avec les gens que j’aime. En route vers ce bureau, où l’on m’a expliqué que les mots étaient primordiaux. Mes maux étaient les mots que je ne portais pas assez haut. La veille, les mots me faisaient tant défaut que je me sentis sot.
 

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Hier je me sentais à l’étroit dans mes air Max 1 ultra. Aujourd’hui, je me devais de me ressaisir. I wanna be like Mike. Peu importe le résultat, seule compte la manière et elle n’était pas bonne. Je me sens libre dans le monde d’Anna, mais ce n’est pas la vie réelle. Tout au plus une vie rêvée. Tu seras un homme mon fils, me disais ma mère. Mais moi je veux juste rester un rêveur qui promène sa verve, au gré de ses promenades solitaires. La haine d’un être n’étant pas dans mes prérogatives (merci Carole) ; je me dis que désormais je devrai éviter les mots tordus afin de ne plus être mis au pilori. C’est avec appétit que je m’avance Jordan aux pieds et fierté accrochée au corps. Me voilà prêt à affronter cette infamie, ô rage, ô vieillesse ennemie. Néanmoins, je n’ai pas totalement saisi l’ampleur du tsunami qui s’est abattu la veille sur moi. J’ai bien tenté de récupérer tel un boxeur groggy dans son coin après une pluie de coups durant le round précédent. J’ai essayé de puiser en moi une force endormie et insoupçonnée, mais elle n’arrive toujours pas.  Alors, je me réfugie dans ce que j’aime. Si bien que pendant une semaine, je dresse des barricades. Une barrière de protection. Un mur de sneakers, enchainant les modèles. Le lendemain me voici en Retro Flint 2010, puis le suivant en Gazelle, ensuite en Jordan 3 retro white fire red et à la fin de semaine en Kobe 9 Elite BHM …. Tout un symbole.

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La Black History Month est une institution aux Etats Unis, créée pour rappeler les injustices subies par une partie du peuple américain. Je ne me compare pas à eux, mais ce petit rappel, m’apprit que mon sort n’était rien. Ma douleur était bégnine, juste une égratignure. Mais la douleur était toujours là persistante, entêtante, devenant presque une compagne indocile. Le seul moyen de m’en sortir ? Mettre le masque et me plonger dans ce que je sais faire le mieux. Impossible de faire marche arrière, juste montrer que ce qui ne tue pas rend plus fort. Je brandis mes baskets comme un bouclier. Tommy Smith et John Carlos avaient retiré leur Puma Suède, pour dénoncer la grande pauvreté que subissait les afro-américains dans les années 60.  Moi, je les portais. Je ne les lancerais pas dans les fils téléphoniques ou dans les arbres comme c’est la tradition aux Etats unis. Sans qu’on en ait défini la véritable origine, les gamins (principalement) attachent leurs baskets par les lacets et les suspendent aux fil électriques ou téléphoniques.  Aussi bien à la campagne que dans les villes. Moi, c’est aux chevilles que je les attache solidement, en espérant qu’elles me donneront la force de me relever. Me voici donc, tel un géant aux pieds d’argile, mais toujours avec style. Portant avec fierté mes Sneakers et racontant au tout venant à quel point il est bon de se sentir libre. « Free Me, please. Just let me live my dream, in my sneaker world ». Me voilà parti sur les chemins, parodiant Cypress Hill : “a sneaker in your head, a sneaker in your, you get a sneaker in the head… »