On a souvent tendance à confondre l’humanité avec l’humanisme.

L’humanisme est en philosophie un courant qui place l’homme et les valeurs humaines au-dessus de toutes les autres valeurs. A ne pas confondre avec l’humanisme d’Erasme qui naquit à la Renaissance. L’humanité, elle, n’étant que l’ensemble des êtres humains, considéré parfois dans son ensemble ou dans son individualité. C’est fou comme on peut trouver de définition pour un mot ou une idée. D’ailleurs, selon la formulation un mot peut vouloir tout dire et son contraire. Aussi, il faut savoir les manier avec tact et intelligence. Ne pas en dire trop. Dire ce que les « autres » veulent entendre ou voir, c’est facile. Pourtant débattre c’est mieux.

Dans nos sociétés où parfois les images sont plus parlantes que les mots, où les photos sont plus éloquentes face à nos maux, il est primordial de connaitre le sens des mots. D’en connaitre la valeur. Dans le même esprit, j’ai souvent remarqué que l’on me demandait plus facilement mon origine, plutôt que mon prénom ou mon nom. Comme s’il n’y avait que mon arbre généalogique qui faisait de moi l’homme que je suis. L’humanoïde. L’individu. L’être qui se cache derrière « l’hebdorudymentaire » serait donc le fruit de ses filiations ? Pour ma part, je pense que l’endroit où nous grandissons à plus d’influence que notre ascendance pour nous forger. D’ailleurs, je ne suis pas certain que mes origines puissent aider à me définir complètement, par contre elles me plongent aujourd’hui dans un profond désarroi. Dans une peur inextricable. Je m’accroche alors à ce que je connais et maitrise pour continuer à avancer dans ma vie d’homme. Je me tourne vers mes … valeurs. Valeurs fournies par mon éducation, mon passé, l’endroit où j’ai grandi et ce j’y ai appris. Je les utilise pour me forger ma propre culture. Mes propres opinions.

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Un proverbe africain dit que « la culture est la possibilité même de créer, de renouveler et de partager des valeurs… le souffle qui accroit la vitalité de l’humanité. » Pour moi, la culture et l’éducation sont liées.

Ce sont deux mamelles qui doivent nourrir les jeunes générations, afin de les aider à grandir et à s’émanciper. Les priver de l’une ou de l’autre c’est comme plonger leur chemin dans l’obscurité sans phare, ni lanterne. Les laisser prendre la route sans GPS. D’ailleurs Marcus Garvey, l’a dit mieux que moi : « un peuple qui ne connait pas son passé, ses origines et sa culture ressemble à un arbre sans racines. »

C’est aussi pour cela que je défends ma culture afro-caribéenne ainsi que la culture « sneaker ». Bien que différentes, il y a des moments où elles se recoupent. Elles possèdent des passerelles entre elles et ont des valeurs communes. Que ce soit à travers la musique, la danse, le sport ou la mode. Je n’oublie pas que c’est aux Antilles que j’ai eu mes premiers contacts avec une paire de Jordan, de Converse ou Fila. C’est également là que j’ai vécu l’émergence du hip-hop, du street art. Ces références de base qui font de moi un adepte de la « sneaker attitud. » Des valeurs de partage, de tolérances, d’échanges. Ces mêmes valeurs qui m’ont fait rougir honteusement quand derrière mon écran j’ai vu les photos du reportage de CNN en Lybie. Je me suis cru dans un film du genre « The birth of a nation » ou « 12 years a slave ». Ce ne pouvait être qu’une nouvelle fiction. Ce ne pouvait être la réalité.

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Venant d’une ile qui a aboli l’esclavage il y a 170 ans, je me disais que cela n’était pas envisageable de nos jours. C’est vrai qu’en Asie, certains jeunes étaient asservis. C’est vrai qu’en Inde au nom de certaines traditions et cultures ceux dont la caste le prévoyait se retrouvaient esclaves d’un tiers. Si proche, mais si loin que nous acceptions sans un mot. Les mots encore les mots…

Nous étions à des lieues de penser qu’aux portes de l’Europe des jeunes cherchant l’espoir et une vie meilleure se retrouveraient vendus, parqués et enchainés. Devenant le bien d’autrui et perdant leur statut d’être humain. Voilà de nouveaux maux qui nous échappent, à défaut de posséder les mots pour exprimer notre défiance. Nous voilà confronté à la dure réalité de notre monde qui nous explose en pleine face. Je ne blâme personne et ne cherche aucune d’explication. (nul besoin !) Je suis juste écœuré par cette situation et désire à mon petit niveau tirer la sonnette d’alarme. Si nous acceptons cette situation, sans un mot ; nous perdons nos valeurs, notre culture, voir notre humanité, ainsi que notre humanisme. Il ne faut jamais perdre de vue que nous devons absolument préserver nos cultures, car comme l’a dit un de nos papes les plus célèbres et humaniste : « (elles) sont la mémoire du peuple, la conscience collective de la continuité historique, (notre) mode de pensée et de vivre. » JPII. La perdre équivaudrait à sombrer dans le néant, jeter aux oubliettes nos valeurs et oublier par où nous sommes passés pour en être là aujourd’hui. Starting from the bottom, we’re … nowhere !